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Acte théâtral

Comment faire encore du théâtre au moment où notre Société du Spectacle en est à son salut – nous nous référons ici à celui qui succède généralement au dernier acte - ? 
« Avoir ou ne pas avoir », telle est devenue la question.
La convention du théâtre d’aujourd’hui est pernicieuse. Elle ne correspond plus au choix délibéré de l’artiste de suivre ou pas des règles qui seraient objectivables. La convention, la vieille convention, à laquelle il était encore possible de se confronter, de s’opposer, n’est plus qu’un simulacre. Pantin à abattre qu’agitent ceux-là même qui, en conscience ou pas, ont admis un type de convention plus totalitaire, puisque, dialectique en son fondement, elle semble toujours réactive à sa surface- semblable à une mafia, elle gangrène tous les milieux-.
A défaut d’une communauté, le monde artistique s’organise en réseaux et, par déstructuration, se structure.
Assimilant la tradition à la convention – dans la bouche des tenanciers de la culture, la synonymie est déjà digérée-, des produits artistiques labellisés s’interchangent sur le marché international en écho avec le monde, qu’en remixant, ils paraissent vouloir changer. Naïveté ou bonne conscience ? Ce monde-ci ne veut pas changer. Il prolifère. Ses valeurs ne sont désormais plus que marchandises et marchandages. Mais l'art est ontologiquement lié à l'oeuvre et son acoquinement avec la consommation lui est fatal. 

La pensée a déserté le milieu artistique - Nous ne parlons pas des pensées contingentes et discursives, réactives et subjectives qui, s’alimentant aux anecdotes de l’actualité, entretiennent les guerres de position, mais de la pensée qui sous-entend l’usage de l’intellect, c’est-à-dire de l’intelligence connivente avec la connaissance -. L’art est aujourd’hui, à l’image de la société, devenu superficiel, jeux de miroir sur la surface opaque d’un monde déréalisé.
De nos jours, toute forme de résistance s’anéantit en s’exprimant. La démocratie n’est plus qu’une illusion d’idéologue et, de fait, un instrument du pouvoir économique, car il n’y a plus de peuple mais des masses médiatisées.
Face à ce désastre, le théâtre n’a, à ce jour, rencontré d’autres alternatives que de rester archaïque ou de s’assimiler à la Société du Spectacle en manipulant une catharsis à rebours.
Nous ne sommes ni des politiciens ni des économistes, nous ne sommes pas encore des kamikazes, nous ne sommes que poètes et sentons les maux, que nous avons en nous, gronder comme des bombes à retardement.     
Alors, nous proposons un acte théâtral qui mette le spectateur face à sa responsabilité de spectateur face à ce qu’il voit, face au monde dans lequel il est, de fait, lui aussi acteur.
Le spectacle auquel nous vous convions ce soir est un spectacle limite, puisqu’il représente l’impasse où le théâtre se trouve vis-à-vis de la représentation devenue le mode de réalité du monde.
Nous vous demandons beaucoup d’humilité et de courage afin de traverser l’espace dans lequel nous vous introduisons, et où, puisqu’il s’agit d’un théâtre, aurait dû rester gravée l’inscription qui fut un jour inscrite sur le temple de Delphes : « cogni se auton ».
Notre proposition se trouvant en rupture avec les modes actuels de production, nous vous convions à un partage que nous ne rencontrons plus que dans les lieux rituels que nous autres ne fréquentons pas. Partage qui permettrait de mesurer, avec la conscience que nous avons tous d’une économie simple, la valeur de notre geste, et de vous acquitter du vôtre, pour qu’entre nous une valeur d’échange soit instaurée sans interférence.
Nous précisons qu’entre le théâtre, qui accueille notre proposition sans en connaître le contenu, et nous, il n’y a pas d’échange marchand. Aucun "débat démocratique" ne sera organisé, mais votre témoignage individuel de spectateur constituera la seule critique recevable quant à notre tentative.