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Automne 2008


La compagnie n’étant plus réellement subventionnée depuis plusieurs années, nous n’avons pu en assurer le fonctionnement, ni créer de spectacles dans des conditions décentes, c’est-à-dire en rémunérant les personnes qui y ont oeuvré.

Nous avons continué à travailler dans l’ombre, dans des lieux et des climats qui nous ont trempés dans leur acier. Ainsi, si la précieuse et singulière fragilité de notre art continue de ne pas nourrir ses artisans, notre mort aura un jour inscrit en sa légende notre résistance inédite à l’éradication.

Notre théâtre est un théâtre du peuple, c’est-à-dire un théâtre qui parle des gens en ce qu’ils ont à la fois de plus singulier et de plus commun…

Un théâtre qui n’utilise pas les nouveaux communautarismes à des fins budgétaires et qui ne puise pas dans la misère du monde pour nourrir la sienne.

Un théâtre qui préfère faire semblant de ne pas comprendre ce que “sensibiliser le public” veut dire.

Un théâtre qui préférerait lui donner des armes blanches.

Une compagnie qui n’a jamais été si prospère que lorsque dans un lointain passé (la compagnie en est déjà à son troisième âge, songez-y! N’y aurait-il pas d’aides aux vieilles compagnies?) elle représentait ses spectacles dans la rue, et qu’elle se nourrissait de ses quêtes.

Aujourd’hui, la rue n’existe plus, le peuple non plus.

Nous ressemblons à ces clochards dénaturalisés de leur singularité à seule fin d’être convertis en marchandises sous l’appellation contrôlée “ S.D.F “.

Ces clochards qui depuis qu’on a détruit les rues des villes et les villes mêmes dont ils étaient "les Pauvres", dont ils étaient l’humanité peut-être, ont été recyclés en "ratés“, “épaves“, ou en “déchets humains” et étiquetés de vocables beaucoup plus euphémiques et d’autant plus terribles. Tandis qu’ils envahissent les médias de leur présence, ils deviennent des abstractions dans notre réalité.

On les couche dans les journaux, mais les bancs publics sont éliminés des centres-villes, ou bien transformés en instruments de torture pour tous les corps fatigués ou malades qui voudraient s’y réfugier!

Les jardins, les parcs, les quais - ceux des ports, des fleuves ou des métros -, les marchés, les marches des églises et des palais, les trottoirs des rues et des ruelles… Ces lieux où les mendiants régnaient comme des rois en exil sont désormais nettoyés, sécurisés, démocratisés, c’est-à-dire soustraits à leur fantaisiste royauté.

Leurs nuits sont désormais sans mystère, leurs douces et longues ivresses se sont noyées dans l’alcoolisme.

Condamnés à la laideur du monde, ils sont devenus laids.

Ils font peur, comme la mort.

Alors on les cache. On les embarque les misérables, de force, dans des fourgons. On les emmène nos fous d’aujourd’hui, dans des asiles.

Ils ont des droits nos parasites !les droits obligatoires de la SPH° : droit au repas, à la douche et au lit.

Ils sont notre mauvaise conscience et ils le savent.

Ils sont les denrées périmées et ils se nourrissent de notre indigestion.

Ils ont oublié qu’ils avaient été les frères des poètes, qu’ils avaient été des hommes libres.


Mais nous nous égarons…

Nous n’arrivons plus à revenir à nos petites préoccupations d’intermittent du spectacle, à ces préoccupations oublieuses des nécessités premières des grands voyageurs et des poètes !


Nous espérons avoir suffisamment repris de force en notre séjour souterrain loin des tentations du monde pour, notre coque réparée et emportant dans nos soutes tous les clandestins de notre Big Brother’s land, ressortir enfin à la lumière si « vantée » de Marseille et reprendre le large.


° : Société Protectrice des Hommes